Révision : 21 novembre 2025
Bandha
Ligature, bandha, mudrā interne.

Technique de Bandha : Jālandhara bandha

Les bandhas (verrous ou sceaux énergétiques) font partie des fondamentaux de la pratique du Haṭha yoga car ils font le lien entre les dimensions physiques, énergétiques et mentales.

Dans le Haṭhayoga traditionnel, Jālandhara bandha, dans la pratique du Prāṇāyāma, est celui qui scelle les énergies et amène calme mental et intériorisation.

Initiation le Geste la contraction de la gorge

Définition et Présentation de la contraction Jālandhara bandha

Jālandhara bandha est un mot sanscrit ayant pour signification Jālan (filet, tissu, maille, treillis), Dhara (retenir, tenir) et bandha (contraction, ligature, verrou). Jālandhara bandha ou verrou de la gorge est une contraction de la gorge.

Selon une approche physiologique

Pour une meilleure compréhension, le mieux est de décrire le geste du verrou de la gorge.

Dans votre posture, les clavicules sont larges, la poitrine est ouverte et le sternum redressé.

A partir d'une nuque correctement étirée, le mouvement est d'amener le menton vers ou sur le creux entre les clavicules.

L'étirement de la nuque peut s'opérer :

  • en amenant ses deux bords vers l'arrière,
  • ou, mieux, en l'allongeant vers le haut et vers l'arrière. C'est comme si, au niveau de l'occiput (¹), vos cheveux étaient tirés vers l'arrière.

La colonne vertébrale au niveau des vertèbres cervicales, s'allonge. La lordose du rachis cervical(2) s'efface.

Puis, sans bouger le thorax, engager une contraction douce des muscles situés de part et d'autre du cou, les muscles scalènes (3).

Leurs points d'attache situés au niveau des premières côtes étant fixes, le cou fléchit vers la poitrine, le menton vers la fourchette sternale.

La contraction Jālandhara bandha est généralement engagée à la fin d'une inspiration et introduit une rétention poumon plein (Antara Kumbhaka (4)).

Une rétention poumon plein induit que les premières côtes du thorax aient été soulevées et... les muscles scalènes engagés(3). Jālandhara bandha se place alors naturellement.

Nous allons faire un petit essai : Le geste de la contraction de la gorge

  • L'erreur commune serait d'abaisser le menton vers la fourchette sternale, en engageant les muscles antérieurs (fléchisseurs) du cou et, ainsi de fermer l'espace de la gorge en comprimant le réseau veineux de l’ensemble de la glande thyroïde. A terme, ceci peut créer un processus inflammatoire.
  • La contraction de la gorge n'est pas anodine et Jālandhara bandha a une action directe sur le métabolisme :

    • comprime les sinus carotidiens, régulant ainsi la pression artérielle et équilibrant le réflexe barorécepteur. Le rythme cardiaque ralentit ce qui instaure un état de calme et de concentration.
    • stimule les glandes thyroïde et parathyroïdes, harmonisant le métabolisme et la régulation du calcium,
    • contribue à prévenir une pression excessive sur le cerveau en cas d'apnée.

    Contre-indications :

    Hyperthyroïdie, hypertension , AVC, maladie cardiaque ou pulmonaire, hernie. (En cas de douleurs au niveau des vertèbres cervicales, un avis médical est nécessaire).

    Selon la tradition indienne.

    Cités dans les principaux textes, Jālandhara bandha est indissociable des deux autres Mūla bandha et Uḍḍīyana bandha.

    Haṭhayogapradīpikā - chapître 3.70 (5)

    ३.७० वक्षःस्थले हनुः दृढतया निपीड्य कण्ठं संकुचयेत् । जरामृत्युनाशकमिदं बन्धं जालन्धरा उच्यते ।

    On contracte la gorge en pressant solidement le menton contre la poitrine. : Ce bandha destructeur de la vieillesse et de la mort est appelé Jâlandhara.

    Dans le cadre d'un Prāṇāyāma, le verrou de la gorge introduit une rétention à poumon plein (Antara Kumbhaka) ou une rétention à poumon vide (Bahya Kumbhaka (6)) :

    • il initie le scellement énergétique dans la partie supérieure du corps,
    • fermant les deux nadis Iḍā et Piṅgalā, il empêche "le nectar qui coule du lotus aux mille pétales de se consummer dans le feu du ventre" 7,
    • stimule le cinquième cakra majeur du tantrisme indoue : viśuddha cakra ( ⁷), le chakra de la purification,
    • renforce Udāna vayu (⁸).

    Il peut également, être inséré dans un āsana (Sarvāṅgāsana, Halāsana, Simhâsana, Setu Bandha Sarvāṅgāsana, Paścimottānāsana). Là, la contraction sera moindre et le geste prendra la forme d'un simple crochet :

    • pour instaurer ou prolonger un état de calme,
    • pour favoriser la concentration mentale et l'intériorisation,
    • pour allonger le souffle Ujjāyī
    • stimuler viśuddha cakra et renforcer Udāna vayu.

    Gheraṇḍasaṁhitā - chap. 14-15 Simhâsana La posture du lion. (8)

    Placer les chevilles croisées sous les testicules, a contrario, (c'est à dire la cheville gauche à droite et la droite à gauche), les talons tournés vers le haut et à genoux sur le sol. Ouvrir la bouche toute grande, faire la contraction de la gorge (jâlandhara bandha) et fixer la pointe du nez. Telle est simhâsana, la posture du lion, qui fait disparaître toutes les maladies.

    La posture du Lion éveille notre animalité, toutes les énergies des plus violentes aux plus grossières, les énergies de la base. L'objet de cette grande posture de yoga est de faire remonter notre bestialité, tout ce que l'on a de négatif, de l'exprimer puis de la vomir en vociférant. C'est donc, en quelque sorte, une posture puissante de purification des énergies.

    Technique de Bandha : Mahā bandha
    Bientôt publiée : Kapālabhāti avec Mahā Bandha

    Définitions, sources et liens externes

    (1) Occiput : Partie postérieure et inférieure de la tête faisant suite à la nuque - CNRTL. Illustration : en.wikipedia

    Os occipital

    (2) Rachis cervical : Le rachis cervical est la partie supérieure et la plus mobile de la colonne vertébrale (ou rachis), située entre la base du crâne et le rachis thoracique (dorsal).

    • Composition : Il est constitué de 7 vertèbres cervicales, nommées de C1 à C7,
    • Rôle principal : Il assure le support mécanique de la tête (dont le poids est important) et permet la grande mobilité du cou dans tous les plans de l'espace (flexion, extension, inclinaison latérale, rotation). Il a également un rôle essentiel de protection de la portion haute de la moelle épinière.

    Le rachis cervical est souvent divisé en deux parties aux fonctions distinctes :

    • le rachis cervical supérieur formé par l'atlas (C1) et l’axis (C2)
    • le rachis cervical inférieur : de C3 à C7

    La colonne vertébrale

    (3) Muscles scalènes : les muscles scalènes (ou simplement les scalènes) désignent un groupe de muscles profonds (trois muscles pairs) situés dans la région latérale et antérieure du cou

    Ces muscles forment en quelque sorte un véritable pont anatomique entre le rachis cervicale et le thorax :

    • ils prennent naissance sur les processus transverses des vertèbres cervicales (principalement de C3 à C7),
    • ils ont pour points de terminaison la première et/ou la deuxième côte.

    Les muscles scalènes ont une double fonction essentielle, à la fois pour la mobilité du cou et pour la respiration.

    Lorsque les côtes sont fixes, les scalènes agissent sur la tête et le cou et participent à l'inclinaison latérale de la tête et du cou du côté de la contraction et à une légère rotation du cou.

    Quand les deux côtés sont engagés, les scalènes participent à la flexion du cou et à la stabilisation de la colonne vervicale.

    Lorsque la colonne cervicale est fixe, les scalènes agissent sur le thorax et deviennent des muscles inspirateurs. En se contractant, ils élèvent les deux premières côtes, augmentant ainsi le volume de la cage thoracique pour faciliter l'inspiration lors d'une respiration profonde ou forcée (respiration claviculaire.

  • Une hypertrophie ou une tension des scalènes peut induire le Syndrome du défilé thoracobrachial : engourdissement ou douleurs dans le bras.
  • (4) Antara kumbhaka. Kumbhaka, en sanscrit, signifie « petite jarre, pot, cruche, vase. ». Le Haṭha yoga utilise le mot dérivé kumbhaka dans le sens d'une « rétention du souffle ». Antara kumbhaka est la rétention du souffle qui intervient après l'inspiration en.Wikipedia

    Les rétention à poumons pleins ou à poumons vides feront, prochainement, l'objet d'un article détaillé.

    (5) Haṭhayogapradīpikā - en.wikipedia

    Sanskrit : haṭhayogapradīpikā ou « Lumière sur le Haṭha yoga ». C’est un manuel classique du XVe siècle sur le Haṭha yoga, écrit par Svātmārāma, qui relie la lignée de l'enseignement à Matsyendranāth des Nātha. Il est l'un des textes survivants les plus influents sur le Haṭha yoga, étant l'un des trois textes classiques avec le Gheraṇḍasaṁhitā et le Śiva saṃhitā.

    Jālandhara bandha - traduction : Christian TIKHOMIROFF

    • 2.45 La fin de l’inspiration doit être suivie par le bandha appelé jâlandhara. La fin de la rétention et le début de l’expiration doit être accompli uddîyâna-bandha,
    • 2.46 Contractant simultanément la gorge et la partie basse du corps (périnée) et tirant vers le dos la région abdominale, le prâna peut pénétrer dans brahmanâdî.
    • 2.47 Le yogi qui tire le souffle descendant (apâna) vers le haut et qui pousse le souffle montant (prâna) à la gorge vers le bas est libéré de la vieillesse et retrouve la vigueur d’un enfant de 16 ans.
    • 3.26 Le Yogi étant assis en Mahâbandha, le mental bien concentré, doit faire une inspiration et arrêter fermement avec Jâlandharabandha le cours des souffles vitaux. Jâlandhara-bandha
    • 3.70 On contracte la gorge en pressant solidement le menton contre la poitrine. : Ce bandha destructeur de la vieillesse et de la mort est appelé Jâlandhara.
    • 3.71 Ainsi est bloqué le filet des Nâdî ainsi que l’écoulement descendant de la liqueur qui vient goutte à goutte de la voûte céleste. Ce bandha qui élimine tous les troubles de la gorge est dit Jâlandhara.
    • 3.72 Grâce à l’exécution de Jâlandhara-bandha qui est caractérisé par la contraction de la gorge, Amrta ne tombe plus dans le feu du ventre et Prâna devient calme.
    • 3.73 Avec la contraction déterminée de la gorge les deux Nâdî se ferment puissamment.On doit savoir que cette contraction est identique au Chakra du milieu qui contrôle les seize Adhâra.

    (6) Bahya kumbaka est la rétention du souffle qui se met en place après une expiration. Elle est aussi appelée : rétention externe, rétention du souffle à poumons vides.

    Les rétention à poumons pleins ou à poumons vides feront, prochainement, l'objet d'un article détaillé.

    (7) Śiva saṃhitā est l'un des trois textes classiques du Haṭha Yoga. Les deux autres étant la Haṭha Yoga Pradīpikā et la Gheraṇḍa saṃhitā. Ce texte, d'auteur inconnu, est adressé par l'ascète hindou Śiva à son épouse Pārvatī. Il a été composé en sanskrit au XVIIe siècle, comporte 645 śloka (strophes) réparties sur cinq chapitres. en.Wikipedia

    Jâlandharabandha - traduction : Christian TIKHOMIROFF

    • 38. Le Yogi doit contracter la gorge afin de fermer l’ensemble des nâdî en appuyant le menton sur la poitrine. Ceci se nomme jâlandharamudrâ que même certains dieux ont du mal à exécuter. Le feu du ventre consume, chez les êtres vivants, tout le nectar qui coule du lotus aux mille pétales. C’est pourquoi il faut pratiquer ce bandha.
    • Commentaire de Christian TIKHOMIROFF : Cette pratique arrête l’écoulement d’Amrita ce qui permet au Yogi d’économiser ce précieux élixir de vie. Suivant les techniques Jâlandharabandha est maintenu en permanence, particulièrement dans certains prânâyâma et concentrations. On peut le réaliser très fermement en appuyant fortement le menton sur la poitrine sortie ou bien plus subtilement en réalisant ce que l’on appelle le crochet qui consiste surtout à baisser légèrement le menton et à faire une contraction intérieure de la gorge très hermétique.

    • 39. Avec ce bandha, le sage boit le nectar et devient immortel. Il atteint la félicité dans les trois mondes.
    • 40. Ce jâlandharabandha confère la réussite aux siddha. Le Yogi qui veut le succès doit le pratiquer sans arrêt.

    Amritā est un mot sanskrit qui signifie immortalité. Il est souvent décrit comme un élixir dans les textes anciens. Dans la tradition indienne, il est la boisson des devas, les divinités. Dans la mythologie grecque antique, il est apparenté à l'ambroisie, la boisson des dieux grecs. en.wikipedia

    (8) Gheranda Samhita -(Gheraṇḍasaṁhitā) - sanskrit : « collection de Gheranda » - est un des traités les plus encyclopédiques du yoga. Quatorze manuscrits du texte sont connus. Ils ont été découverts dans une région s'étendant du Bengale au Rajasthan . La première édition a été publiée en 1933. Il s'agit probablement d'un texte de la fin du XVIIe siècle, probablement du nord-est de l'Inde, structuré comme un manuel d'enseignement basé sur un dialogue entre Gheranda et Chanda. en.wikipedia.org.

    Bibliographie :

    - Jérôme RZASAS - - Les Bandhas - CEFYTO Bretagne - mai 2014.

    - Boris TATZKY - Le Souffle, énergie du YOGA - Le courrier du Livre - Paris - 2021.

    - Walter THRIRAK RUTA - D'abord l'offrande - juin 2021.

    - André VAN LYSEBETH - L'encyclopédie du Yoga - Flammarion Paris 2016.

    Enseignements : Yotham BARANES, Michèle LEFÈVRE, Christian TIKHOMIROFF.

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