Les bandhas (verrous ou sceaux énergétiques) font partie des fondamentaux de la pratique du Haṭha yoga car ils font le lien entre les dimensions physiques, énergétiques et mentales.
Dans le Haṭhayoga traditionnel, Jālandhara bandha, dans la pratique du Prāṇāyāma, est celui qui scelle les énergies et amène calme mental et intériorisation.
Initiation le Geste la contraction de la gorge
Jālandhara bandha est un mot sanscrit ayant pour signification Jālan (filet, tissu, maille, treillis), Dhara (retenir, tenir) et bandha (contraction, ligature, verrou). Jālandhara bandha ou verrou de la gorge est une contraction de la gorge.
Pour une meilleure compréhension, le mieux est de décrire le geste du verrou de la gorge.
Dans votre posture, les clavicules sont larges, la poitrine est ouverte et le sternum redressé.
A partir d'une nuque correctement étirée, le mouvement est d'amener le menton vers ou sur le creux entre les clavicules.
L'étirement de la nuque peut s'opérer :
La colonne vertébrale au niveau des vertèbres cervicales, s'allonge. La lordose du rachis cervical(2) s'efface.
Puis, sans bouger le thorax, engager une contraction douce des muscles situés de part et d'autre du cou, les muscles scalènes (3).
Leurs points d'attache situés au niveau des premières côtes étant fixes, le cou fléchit vers la poitrine, le menton vers la fourchette sternale.
La contraction Jālandhara bandha est généralement engagée à la fin d'une inspiration et introduit une rétention poumon plein (Antara Kumbhaka (4)).
Une rétention poumon plein induit que les premières côtes du thorax aient été soulevées et... les muscles scalènes engagés(3). Jālandhara bandha se place alors naturellement.
Nous allons faire un petit essai : Le geste de la contraction de la gorge 

La contraction de la gorge n'est pas anodine et Jālandhara bandha a une action directe sur le métabolisme :
Contre-indications :
Hyperthyroïdie, hypertension , AVC, maladie cardiaque ou pulmonaire, hernie. (En cas de douleurs au niveau des vertèbres cervicales, un avis médical est nécessaire).
Cités dans les principaux textes, Jālandhara bandha est indissociable des deux autres Mūla bandha et Uḍḍīyana bandha.
Haṭhayogapradīpikā - chapître 3.70 (5)
३.७० वक्षःस्थले हनुः दृढतया निपीड्य कण्ठं संकुचयेत् । जरामृत्युनाशकमिदं बन्धं जालन्धरा उच्यते ।
On contracte la gorge en pressant solidement le menton contre la poitrine. : Ce bandha destructeur de la vieillesse et de la mort est appelé Jâlandhara.
Dans le cadre d'un Prāṇāyāma, le verrou de la gorge introduit une rétention à poumon plein (Antara Kumbhaka) ou une rétention à poumon vide (Bahya Kumbhaka (6)) :
Il peut également, être inséré dans un āsana (Sarvāṅgāsana, Halāsana, Simhâsana, Setu Bandha Sarvāṅgāsana, Paścimottānāsana). Là, la contraction sera moindre et le geste prendra la forme d'un simple crochet :
Gheraṇḍasaṁhitā - chap. 14-15 Simhâsana La posture du lion. (8)
Placer les chevilles croisées sous les testicules, a contrario, (c'est à dire la cheville gauche à droite et la droite à gauche), les talons tournés vers le haut et à genoux sur le sol. Ouvrir la bouche toute grande, faire la contraction de la gorge (jâlandhara bandha) et fixer la pointe du nez. Telle est simhâsana, la posture du lion, qui fait disparaître toutes les maladies.
La posture du Lion éveille notre animalité, toutes les énergies des plus violentes aux plus grossières, les énergies de la base. L'objet de cette grande posture de yoga est de faire remonter notre bestialité, tout ce que l'on a de négatif, de l'exprimer puis de la vomir en vociférant. C'est donc, en quelque sorte, une posture puissante de purification des énergies.
(1) Occiput : Partie postérieure et inférieure de la tête faisant suite à la nuque - CNRTL. Illustration : en.wikipedia

Os occipital

(2) Rachis cervical : Le rachis cervical est la partie supérieure et la plus mobile de la colonne vertébrale (ou rachis), située entre la base du crâne et le rachis thoracique (dorsal).
Le rachis cervical est souvent divisé en deux parties aux fonctions distinctes :

La colonne vertébrale

(3) Muscles scalènes : les muscles scalènes (ou simplement les scalènes) désignent un groupe de muscles profonds (trois muscles pairs) situés dans la région latérale et antérieure du cou
Ces muscles forment en quelque sorte un véritable pont anatomique entre le rachis cervicale et le thorax :
Les muscles scalènes ont une double fonction essentielle, à la fois pour la mobilité du cou et pour la respiration.
Lorsque les côtes sont fixes, les scalènes agissent sur la tête et le cou et participent à l'inclinaison latérale de la tête et du cou du côté de la contraction et à une légère rotation du cou.
Quand les deux côtés sont engagés, les scalènes participent à la flexion du cou et à la stabilisation de la colonne vervicale.
Lorsque la colonne cervicale est fixe, les scalènes agissent sur le thorax et deviennent des muscles inspirateurs. En se contractant, ils élèvent les deux premières côtes, augmentant ainsi le volume de la cage thoracique pour faciliter l'inspiration lors d'une respiration profonde ou forcée (respiration claviculaire.

(4) Antara kumbhaka. Kumbhaka, en sanscrit, signifie « petite jarre, pot, cruche, vase. ». Le Haṭha yoga utilise le mot dérivé kumbhaka dans le sens d'une « rétention du souffle ». Antara kumbhaka est la rétention du souffle qui intervient après l'inspiration en.Wikipedia
Les rétention à poumons pleins ou à poumons vides feront, prochainement, l'objet d'un article détaillé.

(5) Haṭhayogapradīpikā - en.wikipedia
Sanskrit : haṭhayogapradīpikā ou « Lumière sur le Haṭha yoga ». C’est un manuel classique du XVe siècle sur le Haṭha yoga, écrit par Svātmārāma, qui relie la lignée de l'enseignement à Matsyendranāth des Nātha. Il est l'un des textes survivants les plus influents sur le Haṭha yoga, étant l'un des trois textes classiques avec le Gheraṇḍasaṁhitā et le Śiva saṃhitā.
Jālandhara bandha - traduction : Christian TIKHOMIROFF

(6) Bahya kumbaka est la rétention du souffle qui se met en place après une expiration. Elle est aussi appelée : rétention externe, rétention du souffle à poumons vides.
Les rétention à poumons pleins ou à poumons vides feront, prochainement, l'objet d'un article détaillé.

(7) Śiva saṃhitā est l'un des trois textes classiques du Haṭha Yoga. Les deux autres étant la Haṭha Yoga Pradīpikā et la Gheraṇḍa saṃhitā. Ce texte, d'auteur inconnu, est adressé par l'ascète hindou Śiva à son épouse Pārvatī. Il a été composé en sanskrit au XVIIe siècle, comporte 645 śloka (strophes) réparties sur cinq chapitres. en.Wikipedia
Jâlandharabandha - traduction : Christian TIKHOMIROFF
Commentaire de Christian TIKHOMIROFF : Cette pratique arrête l’écoulement d’Amrita ce qui permet au Yogi d’économiser ce précieux élixir de vie. Suivant les techniques Jâlandharabandha est maintenu en permanence, particulièrement dans certains prânâyâma et concentrations. On peut le réaliser très fermement en appuyant fortement le menton sur la poitrine sortie ou bien plus subtilement en réalisant ce que l’on appelle le crochet qui consiste surtout à baisser légèrement le menton et à faire une contraction intérieure de la gorge très hermétique.
Amritā est un mot sanskrit qui signifie immortalité. Il est souvent décrit comme un élixir dans les textes anciens. Dans la tradition indienne, il est la boisson des devas, les divinités. Dans la mythologie grecque antique, il est apparenté à l'ambroisie, la boisson des dieux grecs. en.wikipedia

(8) Gheranda Samhita -(Gheraṇḍasaṁhitā) - sanskrit : « collection de Gheranda » - est un des traités les plus encyclopédiques du yoga. Quatorze manuscrits du texte sont connus. Ils ont été découverts dans une région s'étendant du Bengale au Rajasthan . La première édition a été publiée en 1933. Il s'agit probablement d'un texte de la fin du XVIIe siècle, probablement du nord-est de l'Inde, structuré comme un manuel d'enseignement basé sur un dialogue entre Gheranda et Chanda. en.wikipedia.org.

Bibliographie :
- Jérôme RZASAS - - Les Bandhas - CEFYTO Bretagne - mai 2014.
- Boris TATZKY - Le Souffle, énergie du YOGA - Le courrier du Livre - Paris - 2021.
- Walter THRIRAK RUTA - D'abord l'offrande - juin 2021.
- André VAN LYSEBETH - L'encyclopédie du Yoga - Flammarion Paris 2016.
Enseignements : Yotham BARANES, Michèle LEFÈVRE, Christian TIKHOMIROFF.