Pour une meilleure compréhension de l'anatomie, la lecture de l'article - Anatomie de la respiration I - est conseillée.
Les bandhas (verrous ou sceaux énergétiques) font partie des fondamentaux de la pratique du Haṭha yoga car ils font le lien entre les dimensions physiques, énergétiques et mentales
Parce qu'il établit une fondation stable et profonde pour les Āsana, le Prāṇāyāma et la méditation, Mūla bandha (le verrou racine) est souvent perçu comme le plus important des quatre bandhas classiques.
Trois exercices : renforcement du plancher pelvien
Mūla bandha est un mot sanscrit ayant pour signification Mūla (racine, base, fondation, origine ou cause) et bandha (contraction, ligature, verrou). Mūla bandha ou verrou racine est une contraction du plancher pelvien.
Considérons le périnée comme une voûte de nature musculaire et tendineuse qui soutient la masse viscérale, les organes pelviens, qui assure par ses sphincters la continence urinaire et fécale. C'est un peu comme un trampoline qui est en permanence sollicité par l'existence même de la gravité, les éternuements, la toux, une simple expiration...
Le plancher pelvien a la forme d'un diamant placé entre les deux ischions, d'une part et d'autre part, entre le coccyx et le pubis. C'est ce diamant que nous souhaitons soulever en engageant Mūla bandha.
Comment engager Mūla bandha :
Chez l'homme, la contraction s'opère entre l'anus et le pénis. Imaginez, messieurs, qu'un fil relie ce petit bout de peau jusqu'au sommet du crâne. En tirant verticalement le fil, ressentez l'engagement du plancher pelvien.
Chez la femme, la contraction se situe au niveau du col de l'uterus. C'est, comme si vous souhaitiez, mesdames, fermer une fermeture éclair avec la sensation d'une aspiration vers le haut.
Une autre méthode, commune aux deux sexes, est de rapprocher les deux ischions l'un vers l'autre puis le coccyx du pubis, en soulevant légèrement ce dernier.
Les effets de Mūla bandha :
Un engagement de Mūla bandha lors de la pratique :
Contre-indications :
Dernier mois de grossesse, menstruation, maladies cardiaques, ulcères, hernies, hypertension.
Dans la pratique du hatha yoga traditionnel, c'est la dimension énergétique du verrou racine qui est retenue.
Mūla bandha stimule le chakra racine Mūlādhāra cakra (1) siège de la Kuṇḍalinī Shakti (2).
Son usage limite également les pertes d'énergie vers le bas et dirige Apāna vāyu (3) (le souffle régisseur de l'élimination) vers Prāṇa vāyu (4) (le souffle régisseur de la réception des énergies).
Sapta Chakra - manuscrit de Yoga - 1899

Les textes fondateurs (5)(6)(7)(8) ont une description similaire de Mūla bandha qui pourrait être synthétisée comme suit :
" Mūla bandha, en plus de ses effets purificateurs ou rajeunissants, gage de longévité, de stabilité, est explicitement lié à l’éveil de la Kundalini. Il ne s’agit pas seulement d’une action musculaire, mais du déclencheur énergétique essentiel à l’éveil de la conscience latente. L'inversion de Apāna vāyu est déterminante. Son union avec Prāṇa vāyu est centrale et symbolise la fusion des dualités, Shakti et Shiva. "
Gheraṇḍa saṃhitā, Chapitre III 14-15
« १४-१५ । गुदां संकुचयन् वामपादस्य पार्ष्णिं पेरिनेमस्य विरुद्धं निपीडयन्तु । उदरं निवृत्त्य नाभिग्रन्थिं मेरुस्य अक्षे निपीडयेत् । दक्षिणगुल्फस्य उपयोगेन लिंगस्य उपरि सावधानीपूर्वकं निपीड्य दृढं बन्धनं कुर्वन्तु । मूलसंकोचनमिदं मुद्रां मूलबन्धसंज्ञकम् । »
" 14-15. Appuyer le talon du pied gauche sur le périnée en contractant le rectum. En rétractant le ventre presser le nœud du nombril tout contre l’axe du Meru (la colonne vertébrale). A l’aide de la cheville droite, faire une ferme ligature en l’appuyant soigneusement contre le membre viril. Cette mudrā qui arrête le vieillissement s’appelle mūla bandha, la contraction de la base. "
Voici trois exercices faciles à mettre en oeuvre qui permettent un renforcement ciblé du plancher pelvien. En les pratiquant régulièrement, vous serez bien préparer à fermer le verrou racine et à ancrer la base pour déployer une posture juste et stable.
Durée : 3 min.
Durée : 3 min.
Durée : 3 min.
(1) Mūlādhāra cakra (le support du fondement) est le premier des sept chakras majeurs du tantrisme hindou. Ce chakra est situé au bas de la colonne vertébrale. Son élément est la terre. Le mantra pour l'éveiller est le bījamantra lam.
Chez l'homme, mūlādhāra est situé au niveau du périnée ; chez la femme, au niveau de l'utérus. Ce sont les kshetram de ce chakra. (Un kshetram est un point de localisation et de résonance des chakras, situé sur le devant du corps. Les chakras sont des centres énergétiques et fonctionnels et non des emplacements physiques). wikipedia

(2) Kuṇḍalinī Shakti du mot kuṇḍala signifiant « boucle d'oreille, bracelet, entouré en spirale » est un terme sanskrit lié au Yoga qui désigne une puissante énergie spirituelle lovée dans la base de la colonne vertébrale.
Chez l'homme ordinaire, la kuṇḍalinī demeure dans un état dit « de repos », elle est « endormie » dans le chakra mūlādhāra, qui est la racine (mūla) de Suṣumṇā et de toutes les nāḍī. Le but de l'éveil de la kuṇḍalinī est de conduire à la réalisation du Soi (mokṣa)... wikipedia

(3) Apāna vāyu est l'une des cinq subdivisions principales de Prāṇa , connues sous le nom de Pañcha Prāṇas (cinq souffles vitaux) dans la philosophie yogique et ayurvédique. Chacune d'elles régit un ensemble spécifique de fonctions physiologiques et énergétiques au sein du corps.
Apāna Vāyu pourrait être défini littéralement par « l’air qui se déplace vers le bas ou vers l’extérieur » Il est localisé dans la région du bas ventre entre le nombril et le périnée.
Selon l'Āyurveda, Apāna Vāyu est responsable de l'élimination, de la reproduction et de l'expulsion .
Il régit :
Si Apāna est perturbé (vicié), des troubles comme la constipation, la rétention urinaire, des irrégularités menstruelles, l'infertilité ou un prolapsus peuvent survenir,
Selon la tradition tantrique, Apāna Vāyu a une signification énergétique plus profonde :
Par la pratique, Apāna est inversé et tiré vers le haut pour s'unir à Prāṇa Vāyu (le courant ascendant centré dans la poitrine).
Leur union au niveau du nombril (Maṇipūra Cakra) éveille la Kundalinī Śakti.

(4) Prāṇa vāyu. Dans les traditions yogiques et ayurvédiques classiques, Prāṇa Vāyu est l'une des cinq subdivisions principales de Vāyu, les souffles vitaux ou mouvements de la force vitale (prāṇa). Ces cinq courants régissent collectivement toutes les activités physiologiques et subtiles du corps et de l'esprit.
Parmi eux, Prāṇa Vāyu est le souffle central et le plus vital , souvent considéré comme synonyme de Prāṇa lui-même lorsqu'il est employé au sens général de « force vitale ».
Ayant pour siège la région de la poitrine, il régit l'inhalation , la réception et l'absorption ; tant de l'air que des impressions subtiles.
Selon le Hatha Yoga et l'Ayurveda :

(5) Hatha Yoga Pradīpikā - en.wikipedia.org
Sanskrit : haṭhayogapradīpikā ou « Lumière sur le Hatha Yoga ».
C’est un manuel classique du XVe siècle sur le Hatha yoga, écrit par Svātmārāma, qui relie la lignée de l'enseignement à Matsyendranath des Nathas.
Il est l'un des textes survivants les plus influents sur le Hatha yoga, étant l'un des trois textes classiques avec le Gheranda Samhita et le Shiva Samhita.

(6) Gheraṇḍasaṁhitā - en.wikipedia.org
Sanskrit : « collection de Gheranda ».
C’est un des traités les plus encyclopédiques du yoga. Quatorze manuscrits du texte sont connus. Ils ont été découverts dans une région s'étendant du Bengale au Rajasthan . La première édition a été publiée en 1933. Il s'agit probablement d'un texte de la fin du XVIIe siècle, probablement du nord-est de l'Inde, structuré comme un manuel d'enseignement basé sur un dialogue entre Gheranda et Chanda.

(7)Śiva saṃhitā est l'un des trois textes classiques du Haṭha Yoga. Les deux autres étant la Haṭha Yoga Pradīpikā et la Gheraṇḍa saṃhitā. Ce texte qui a été composé en sanskrit au XVIIe siècle, comporte 645 śloka (strophes) réparties sur cinq chapitres. wikipedia

(8) Gorakṣaśataka est un texte ancien de Hatha Yoga datant du XIe-XIIe siècle, attribué au sage Gorakṣa. Il fut le premier à enseigner une technique d'éveil de la Kundalini appelée « stimulation de Sarasvati », ainsi qu'un prāṇāyāma élaboré , ou contrôle du souffle. Il fut écrit à l'intention d'un public d'ascètes. en.wikipedia