Révision : 10 septembre 2025
Prāṇāyāma
respiration, kriyā, nettoyage

Technique de prāṇāyāma : Ujjāyī

Pour une meilleure compréhension, la lecture de l'article précédent - Le souffle, pilier fondateur de la pratique du yoga - est conseillée.

Avant tout exercice de prānāyāmā, la maîtrise de la respiration yogique complète doit être acquise. C'est un pré-requis.

Initiation à la respiration ujjāyī

Pratique ujjāyī prānāyāmā - approfondissement du souffle

Définition et présentation de la respiration ujjāyī

Voici une respiration et un prānāyāmā à part entière. Dans les deux cas, le principe physique est le même.

La contraction douce du larynx amène à un rétrécissement des cordes vocales.

Du passage de l'air " comprimé " nait une vibration de la glotte, un son doux similaire au ressact sur une plage.

Le son n'est pas forcé et est à peine audible par le pratiquant lui-même. Il doit être doux, calme, fluide.

Le mieux est d'aller directement à la pratique ( ⋂‿⋂’) avec un petit essai...

En tant que respiration.

Nous pouvons intégrer la respiration ujjāyī à la respiration yogique complète dans toutes nos pratiques : āsana, concentration, prānāyāmā, et même en dehors !

On veillera, simplement, à accentuer la respiration thoracique : la poitrine ouverte, un bel écartement des côtes, les clavicules larges et le ventre tenu.

La respiration ujjāyī a de nombreuses qualités :

  • elle réchauffe le corps et prépare aux āsana. Une inspiration longue et la friction de l'air dans la gorge réchauffe l'air inspiré,
  • elle permet le contrôle du souffle et rend plus accessible son allongement. Le son émis permet de ressentir le va et vient de la respiration, de la contrôler et de l'allonger. C'est, bel et bien, un point de concentration, un rappel à une pratique ancrée sur le moment présent. Ici et Maintenant,
  • ouvre à la " méditation " en mouvement. La prise de conscience du son et du rythme régulier de la respiration aident à synchroniser le mouvement avec le souffle : salutation, Ashtanga Yoga, Vinyāsa,
  • apaise le mental. La régulation de la respiration, un son apaisant, l'équilibre entre l'inspiration et l'expiration, dans le volume et la durée, sont autant de portes d'entrée à un état de détente,
  • échauffement vocal et rééducation vocale.
  • En combinaison avec la respiration yogique complète, la respiration ujjāyī, par ses qualités, est à intégrer systématiquement à la pratique posturale.
  • Pratique : la respiration ujjāyī

    Nous allons maintenant explorer les différents cas que l'on peut rencontrer lors d'une séance de yoga.

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    En tant que prānāyāmā

    ujjāyī prānāyāmā. Le préfixe Ut attaché aux verbes et aux noms signifie ascension, supériorité. Il signifie également expansion. Il évoque la prééminence et la puissance.

    Jay signifie conquête, victoire, triomphe ou sursis. Vu sous un autre angle, il implique la retenue et la limitation.

    Les textes classiques du Hatha Yoga, tels que le Hatha Yoga Pradīpikā (1) et la Gheranda Samhita (2), décrivent ujjāyī prānāyāmā comme une technique puissante de purification et pour augmenter le feu digestif.

    Hatha Yoga Pradīpikā (chapitre 2, verset 51) : ce traité décrit la technique de manière concise :

    51) La bouche étant fermée, on inspire lentement l’air par les deux narines, de façon à ce qu’il parcoure le corps de la gorge au cœur en produisant un son.

    52) On doit retenir le prâna comme indiqué précédemment pour l’expirer ensuite par la narine gauche. Ceci élimine les maladies de la gorge dues au flegme et augmente le feu gastrique dans tout le corps.

    53) Cela aboutit à l’élimination des troubles dans les nàdi, de l’hydropisie et des maladies qui concernent les constituants du corps (dhâtu). La rétention de souffle appelée ujjâyin peut être exécutée aussi bien en étant immobile qu’en marchant. (3)

    Gheranda Samhita (chapitre 5, verset 68-70) : ce texte offre une description similaire soulignant l'importance de la rétention " avec toute la force dont on est capable mais sans gêne" (4) et la mise en pratique de Jālandhara bandha, le verrou de la gorge.

    Dans le cadre d'une approche ayurvédique, la respiration ujjāyī présente de nombreux bienfaits :

    • calme le système nerveux (émotions excessives, stress),
    • prépare au sommeil,
    • favorise la clarté mentale et la concentration,
    • peut contribuer à améliorer la fonction thyroïdienne,
    • aère les poumons, amenuise les mucosités et est bénéfique contre toutes les maladies du système respiratoire,
    • stimule le feux digestif, aide à la digestion et purifie le corps,
    • régule le rythme cardiaque et la tension artérielle.

    Il existe de nombreuses variations de la respiration victorieuse. Les plus abouties et les moins accessibles, sont celles qui incluent des rétentions internes et externes, des bandhas, des visualisations, des mantras. Toutes nécessitent un long apprentissage.

  • Le premier est de contrôler le débit du souffle à l'inspiration comme à l'expiration. Il doit être régulier, sans saccade, à peine perceptible.
  • Le second est d'allonger le souffle, à l'inspiration comme à l'expiration selon, par exemple, les ratios 1:2, 2:1, puis 2:2. Ex : quatre temps pour l'inspiration, huit temps pour l'expiration...
  • Pratiquer sans rétention, cette respiration ne présente pas de contre-indication (sf hyperthyroïdie). Ne pas forcer afin de respecter les cordes vocales !

    Yogi en méditation

    Dans le cadre d'une pratique de ujjāyī prānāyāmā selon la tradition tantrique, c'est son action sur le centre énergétique de la gorge viśuddha cakra (5) (vishuddha chakra) qui sera retenue.

    viśuddha cakra est le cinquième chakra majeur du tantrisme hindou. Son nom sanskrit signifie : centre de la purification. Il se trouve au niveau du plexus cervical à l’arrière du creux de la gorge.

    Ujjāyī prānāyāmā , selon une approche tantrique, renforce la structure énergétique d'une façon globale en mettant en action le centre d'énergie de la gorge et secondairement celui du ventre, les points du feu et l'axe central, la suṣumṇā (sushumna) (6)

    Elle est considérée comme une pratique de nettoyage et de purification du corps énergétique.

    Définitions, sources et liens externes

    (1) Hatha Yoga Pradīpikā - en.wikipedia.org

    Sanskrit : haṭhayogapradīpikā ou « Lumière sur le Hatha Yoga ».

    C’est un manuel classique du XVe siècle sur le Hatha yoga, écrit par Svātmārāma, qui relie la lignée de l'enseignement à Matsyendranath des Nātha.

    Il est l'un des textes survivants les plus influents sur le Hatha yoga, étant l'un des trois textes classiques avec le Gheranda Samhita et le Shiva Samhita.

    (2) Gheranda Samhita - en.wikipedia.org

    Sanskrit : gheraṇḍasaṁhitā ou « collection de Gheranda ».

    C’est un des traités les plus encyclopédiques du yoga. Quatorze manuscrits du texte sont connus. Ils ont été découverts dans une région s'étendant du Bengale au Rajasthan . La première édition a été publiée en 1933. Il s'agit probablement d'un texte de la fin du XVIIe siècle, probablement du nord-est de l'Inde, structuré comme un manuel d'enseignement basé sur un dialogue entre Gheranda et Chanda.

    (3) Traduction de Christian Titkomiroff

    (4) Traduction de Jean Papin

    (5) Viśuddha cakra - en.wikipedia.org

    (6)(7) Suṣumṇā et Nāḍī

    Suṣumṇā, Iḍā et Piṅgalā sont trois canaux énergétiques fondamentaux, ou Nāḍī, au cœur du yoga tantrique. Ils constituent l'axe central du corps subtil, le prāṇamayakośa, et jouent un rôle essentiel dans l'éveil de la Kuṇḍalinī, l'énergie spirituelle latente.

    Cette notion de Nāḍī (méridiens) est très ancienne et trouve ses racines dans les textes sacrés de l'Inde. Plusieurs Upaniṣad anciennes font référence aux Nāḍī. La Chāndogya Upaniṣad (environ VIIIe-VIe siècle av. J.-C.) mentionne un réseau de canaux partant du cœur. La Kaṭha Upaniṣad parle d'un canal (le principal étant la Suṣumṇā) qui mène de la base du corps au sommet de la tête, et qui est la voie de la libération (mokṣa)...

    Dans la vision du yoga tantrique, le corps n'est pas seulement une entité physique, mais un réseau complexe de canaux énergétiques. On dit qu'il en existe 72 000, mais trois d'entre eux sont primordiaux.

    Suṣumṇā (सुषुम्णा) : C'est le canal central, le plus important. Il est situé à l'intérieur de l'axe cérébro-spinal (Meru-daṇḍa) et s'étend de la base de la colonne vertébrale, au niveau du Mūlādhāra cakra, jusqu'au sommet de la tête, au Sahasrāra cakra. La Suṣumṇā est considérée comme la voie royale de l'éveil spirituel. À l'état normal, elle est inactive et l'énergie y circule difficilement. Le but de nombreuses pratiques tantriques est de purifier et d'ouvrir ce canal pour permettre à la Kuṇḍalinī de s'y élever. Elle est associée à la nature de Brahman, la conscience pure, et est de qualité sattvique (neutre, équilibrée).

    Iḍā (इडा) : Ce nadi commence et se termine à gauche de la Suṣumṇā. Il est associé à l'énergie lunaire, féminine, et apaisante. Iḍā influence le système nerveux parasympathique, le côté droit du cerveau, l'introversion et les processus mentaux. Il est de couleur blanche et sa nature est tamasique (inerte, stable). Il contrôle le flux du souffle dans la narine gauche. On le nomme aussi candra nāḍī (le canal de la lune).

    Piṅgalā (पिङ्गला) : Commençant et se terminant à droite de la Suṣumṇā, Piṅgalā est lié à l'énergie solaire, masculine, et active. Il gouverne le système nerveux sympathique, le côté gauche du cerveau, l'extraversion et les processus vitaux. Il est de couleur rouge et sa nature est rajasique (active, dynamique). Il contrôle le flux du souffle dans la narine droite. On l'appelle aussi sūrya nāḍī (le canal du soleil).

    Iḍā et Piṅgalā s'entrecroisent autour de la Suṣumṇā en montant le long de la colonne vertébrale, leurs points de croisement correspondant aux emplacements des principaux cakras. Leur activité alternée régit nos cycles de veille et de sommeil, notre état mental et notre vitalité.

  • Le but principal du haṭha yoga est de purifier, d'équilibrer iḍā et piṅgalā pour que l'énergie puisse s'élever librement dans la Suṣumṇā, condition essentielle à l'éveil spirituel.
  • Illustrations :

    • Peinture manuscrite représentant un yogi en méditation, montrant les chakras et les trois principaux canaux (Nāḍī) du corps subtil.
    • Un petit serpent, symbolisant la Kuṇḍalinī , grimpe le long du canal central Suṣumṇā. Il percera chaque chakra au fil de son ascension. Arrivé à la tête, il s'unira à Shiva ; le yogi sera alors libéré dans son corps.
    Respiration Kapālabhāti Ujjāyī prāṇāyāma I

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