Dans les Yoga sūtra de Patañjali (1), le premier verset indique d'emblée que la finalité du yoga est l'inhibition des modifications du mental.
La deuxième partie de ce recueil est consacrée aux pratiques spirituelles où sont décrites deux formes de yoga, le kriyā yoga, le yoga de l'action et l'Aṣṭāṅga yoga, le yoga à huit branches dont les quatre premières correspondent au haṭha yoga (2).
Prāṇāyāma est le quatrième et dernier membre en lien avec le monde extérieur, après Yama (les devoirs moraux élémentaires envers les autres comme envers soi-même), Niyama (la discipline morale) et Āsana (postures rituelles du yoga).
Saṃdhyā, prières quotidiennes
des brahmanes

La pratique des āsana - attention, engagement, régularité - est un cheminement qui amène à une qualification au prāṇāyāma :
II.49 Yoga sūtra de Patañjali - un texte qui peut donner lieu à plusieurs interprétations.
« तस्मिं सति स्वसा प्रश्वसयोर् गतिविच्चेदाः प्राणायमः
Tasmin sati śvāsa praśvāsayor gativicchedaḥ prāṇāyāmaḥ »
« Celà ayant été (accompli), prāṇāyāma qui est cessation de l'inspiration et de l'expiration (s'ensuit).(5) »
« Le prāṇāyāma est la régulation consciente et délibérée du souffle, remplaçant les formes inconscientes de la respiration. Elle n'est possible qu'après une certaine maîtrise de la pratique des āsana.(6) »
« Le prāṇāyāma est l'accroissement de l'énergie vitale. En d'autres termnes, il s'agit du processus par lequel se développe et se renforce la manifestation du prāṇa.(7) »
Prāṇāyāma symbolise communément l'allongement et le contrôle du souffle dans toutes les fonctions de la respiration à savoir l'inspiration (pūraka), l'expiration (rechaka), les rétentions (kumbaka) (8). Et, selon la tradition du haṭha Yoga et ses textes anciens, le prāṇāyāma est la régulation du prāṇa et peut être vu comme une pratique de purifications des nāḍī, des canaux énergétiques.
Si le prāṇāyāma a une place aussi importante dans la pratique du Haṭha Yoga traditionnel, c'est parce qu'en contrôlant notre geste respiratoire, nous régulons notre mental, en régulant notre souffle, nous contrôlons l'assimilation et la circulation du prāṇa (9).
En préparant le mental, le prāṇāyāma nous ouvre la porte de notre univers intérieur aux pratiques avancées de retrait des sens (pratyāhāra), de concentrations (dhāraṇā) et de méditations (dhyāna).
Information complémentaire : Yoga traditionnel et relaxation, une unité fondamentale
(1) Yoga sūtra de Patañjali - en.Wikipedia.
Les Yoga sūtra de Patañjali ont été compilés en Inde entre le II et V siècle après J.-C. par le sage Patañjali, qui a rassemblé et organisé les connaissances sur le yoga provenant du Sāṅkhya, du bouddhisme et d'anciennes traditions yogiques.
Ils définissent en 195 aphorismes l'essence de l'enseignement du yoga et guide l'adepte dans la pratique du yoga sur le chemin de la méditation, de l'expansion de la conscience et de la connaissance de soi.
(2) Aṣṭāṅga yoga - en.Wikipedia
« les huit membres du yoga » représentent la classification du yoga classique établie par Pātañjali, telle qu'elle est présentée dans les Yoga sūtra.
Il définit les huit membres comme suit : yama (abstinences), niyama (observances), āsana (postures), prāṇāyāma (contrôle du souffle), pratyāhāra (retrait des sens), dhāraṇā (concentration), dhyāna (méditation) et samādhi (absorption).
A ne pas confondre avec Ashtanga (vinyasa) yoga.
(3) Citation : « La posture, c'est être fermement établi dans un espace heureux » - Gérard Blitz
(4) Vikṣepa - en.wikipedia
C'est un terme bouddhiste et hindou que l'on pourrait traduire par « distraction », « errance mentale », « rêverie » ...
Dans la tradition bouddhiste, vikṣepa est défini comme le mouvement mental ou l’errance vers un objet qui empêche de rester concentré sur un objectif vertueux. Alexander Berzin, écrivain et chercheur américain, tibétologue spécialisé dans le domaine du bouddhisme tibétain, définit la distraction comme une conscience secondaire qui, sous l'effet de ces émotions néfastes, détourne notre esprit de son objet de concentration.
(5) I.K. TAIMNI, La science du yoga - Traduction des Yoga sūtra de Patanjali et commentaires, Adyar Paris. 2012
(6) T.K.V. DESIKACHAR, Yoga sūtra de Patañjali - Traduction et commentaire, du Rocher, Monaco. 1996
(7) Alistair SHEARER, Patañjali, Yoga sūtra, aux sources de l'enseignement du yoga - Traduction et (brillante ! ) introduction, Synchronique, Paris. 2019
« ... à strictement parler, prāṇa ne signifie pas le souffle, mais l'énergie de la vie cosmique qui se manifeste au niveau grossier sous la forme du souffle chez les créatures vivantes. Ayama veut dire expansion, augmentation. Ainsi prāṇāyāma en vient à signifier accroissement de l'énergie vitale. En d'autres termes, il s'agit du processus par lequel se développe et se renforce la manifestation du prāṇa, qui, d'ordinaire et comparativement, reste restreinte. A mesure que le système nerveux se purifie, l'énergie vitalisante de la vie augmente dans les corps grossiers et subtils. Les exercices respiratoires constituent le moyen le plus connu en vue d'atteindre ce but. »
(8) BKS IYENGAR, Bible du Yoga, santé du corps, paix de l'esprit - J'ai Lu, Paris. 597 pages. 2019
(9) Prāṇa - en.wikipedia
La notion de prāṇa peut être rapprochée avec celle du Ch'i (Qi) en médicine traditionnelle chinoise comme étant un principe fondamental formant et animant l'univers et la vie. Dans notre corps, elle se concrétise par l'existence des nāḍī ou méridiens d'énergie.
I.K. TAIMNI (5): « Le prāṇa peut peut être établie comme une force vitale qui est présente dans la manifestation. Elle est le lien entre tous les éléments, entre la matière et l'énergie, entre le mental et la conscience.
La conscience s'exprimant au moyen du mental ne peut pas entrer en contact avec la matière et fonctionner en elle sans la présence du prāṇa. La matière en association avec l'énergie ne peut affecter la conscience si ce n'est par l'intermédiaire du prāṇa. C'est pourquoi prāṇa est présent sur tous les plans » .
Une autre définition que j'apprécie est celle citée par Boris TATZKY (10) : « Lorsque vous écoutez votre cœur, vous entendez ses battementss, ils varient en fonction de vos émotions, de vos efforts. C'est Prāṇa qui est la force intelligente qui fait battre votre cœur. Lorsque vous regardez les étoiles, vous voyez leurs mouvements harmonieux dans le firmanent, c'est Prāṇa qui est la force intelligente qui fait mouvoir les étoiles. Et c'est le même Prāṇa qui fait battre votre cœur et danser les étoiles » .
(10) Boris TATZKY - Le souffle, énergie du yoga - Le courrier du livre, Paris. 349 pages. 2021
Photographie de couverture : Tirumalai Krishnamacharya & Indra Devi - Practice Nadi Shodhana.
S.C. BELNOS - The Sundhya or The Daily Prayers of the Brahmins
Saṃdhyā ou les prières quotidiennes des brahmanes. Ouvrage datant de 1851 illustré par une série de dessins originaux d'après nature, elles montrent leurs attitudes et les différents signes et figures qu'ils accomplissent lors des cérémonies de leurs dévotions matinales, pūjā, etc.